Stratégie militaire et stratégie échiquéenne
La relation entre le jeu d'échecs et la guerre fonctionne d'abord par analogie(1) et par la volonté du combat.
" Le jeu d'échecs est un jeu de guerrier. Moi, je fais la guerre depuis l'âge de six ans. J'ai du sang sur les mains depuis plus de 20 ans " (Garry Kasparov, actuel champion du monde des échecs)(2).
Il est intéressant de noter que la relation temps-espace-matériel se retrouve dans les deux domaines et que les notions stratégiques et tactiques forment le cœur de la rencontre.
 Disgrâce du jeu d'échecs pendant la révolution Française
 Disgrâce du jeu d'échecs pendant la révolution Française
Au milieu du XVIIIe siècle, les joueurs parisiens possèdent leur lieu de rendez-vous, le Café de la Régence, qui verra s'affronter Voltaire, Diderot, Jean-Jacques Rousseau, d'Alembert, Grimm, Beaumarchais puis des révolutionnaires comme La Fayette, Marat, Barras, Camille Desmoulins.
Maximilien de Robespierre en était un des partenaires les plus assidus. Napoléon aurait également été un des habitués.(1) Toutefois, et sans doute en raison du rôle central conféré au roi, la révolution française entraînera une relative disgrâce du jeu et c'est seulement en 1804, après le sacre de Bonaparte, que " le roi des jeux est réintroduit dans ses fonctions ordinaires de récréation de cour".(2)
1. W. Harston, The guiness book of chess grand master, Guiness Publishing, 1996, p. 16. D. Hooper, K. Whyld, The Oxford Companion to Chess, Oxford, 1992, p. 65. Dictionnaire Larousse du jeu d'échecs, 1997
2. J.-M. Péchiné,Les échecs - Roi des jeux, jeux des rois, Gallimard Découvertes, 1996
 Les conceptions militaires de Napoléon s'illustrent parfaitement sur l'échiquier  Les conceptions militaires de Napoléon s'illustrent parfaitement sur l'échiquier
"L'art de la guerre consiste à avoir toujours plus de forces que son ennemi sur le point qu'on attaque"
"La perte du temps est irréparable à la guerre"
"L'art de la guerre ne demande pas de manoeuvres compliquées, les plus simples sont préférables, il faut surtout avoir du bon sens"
"Souvenez-vous de ces trois choses : réunion des forces, activité et ferme résolution de périr avec gloire"
"Quand on a effectué l'offensive, il faut la soutenir jusqu'à la dernière extrémité".
(G. Chaliand, Anthologie mondiale de la stratégie, Laffont Bouquins, 1990, p. 785 à 789)
 Le lieutenant Bonaparte jouait souvent au café de la Régence à Paris
 Le lieutenant Bonaparte jouait souvent au café de la Régence à Paris. Ses débuts étaient mauvais; si son adversaire calculait trop longtemps, il se pinçait les lèvres, frappait du pied et battait du tambour avec impatience sur le rebord de l'échiquier, ce qui ne laissait pas que de faire danser les pièces et de troubler le jeu. S'il perdait, c'était bien pis encore; il donnait quelque fois de grands coups de poing sur la table et faisait tout sauter. Cependant, lorsque l'action était une fois bien engagée, quand la mélée devenait vive, il avait souvent des coups très brillants.
 Son ancien camarade Bourrienne le dépeint pendant la campagne d'Italie :  Son ancien camarade Bourrienne le dépeint pendant la campagne d'Italie :
"Bonaparte jouait aussi aux échecs, mais très rarement, et cela parce qu'il n'était que de troisième force et qu'il n'aimait point à être battu à ce jeu qui passe on ne sait trop pourquoi pour une prétendue imitation du grand jeu de la guerre. A celui là, Bonaparte ne craignait personne.(...)
Il aimait bien jouer avec moi parce que, bien qu'un peu plus fort que lui, je n'étais pas assez fort pour le gagner toujours. Dès qu'une partie était à lui, il cessait le jeu pour rester sur ses lauriers."
(Bourrienne, Mémoires, 1829, tome III, chap.)
 Louis VI Le Gros bien inspiré !
 SLouis VI Le Gros bien inspiré !
On raconte que Louis VI Le Gros qui, chargeant à la tête des Milices des communes à la bataille de Brenneville en 1119, se trouva un instant entouré par des fantassins anglais. L’un saisi son cheval à la bride en s’écriant : « Le Roi est pris ! ».
Mais Louis se dégagea d’un coup de masse, en répondant :
« Ne sais-tu pas qu’aux Echecs, on ne prend pas le Roi. »
Malheureusement il perdit la bataille.
(1) D. Renard, " Le jeu d'échec, jeu politique ; d'une conception du monde à un tic de langage ", in A. Garrigou, Politique et jeu, Association Française de Sciences Politiques, 23-26 sept. 1992, p9.
(2) Europe Echecs, n° 382, mars 1991, p. 2. |
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